« L’intelligence émotionnelle ne se lit pas — elle se pratique. Ce cas est volontairement inconfortable : il ressemble à ce qui vous attend un jour ou l’autre. Prenez 20 minutes au calme, l’outil dans un onglet, l’énoncé dans l’autre. Et n’ouvrez la correction qu’après avoir vraiment cherché. »
Section 01Le cas : Atelier Morand, Yverdon — la réunion qui a mal tourné
Votre mission : décoder la situation de Claire — et préparer SA conversation
Le contexte. Atelier Morand SA, Yverdon : installations électriques, 14 personnes. Claire, 34 ans, cheffe de projet depuis 2 ans — sérieuse, appréciée des clients. Vous vous mettez À SA PLACE.
Les faits. Lundi, réunion de planification hebdo (8 personnes, dont le patron). Claire présente le planning du chantier « Clinique des Vergers » qu’elle a repris en urgence il y a trois semaines — 20 heures de travail personnel pour rattraper le retard d’un collègue parti en congé maladie. Au milieu de sa présentation, Marc — chef d’atelier, 52 ans, 25 ans de maison, techniquement respecté — l’interrompt devant tout le monde : « De toute façon ce planning, c’est du travail de bureau. Ceux qui n’ont jamais tiré un câble feraient mieux d’écouter ceux qui bossent. » Quelques sourires gênés. Le patron enchaîne sur le point suivant sans relever. Claire termine sa présentation, la gorge serrée, en accéléré.
Depuis. Trois jours ont passé. Claire dort mal, rumine (« il m’a humiliée », « le patron n’a rien dit », « à quoi bon me défoncer »), évite l’atelier, et a répondu sèchement à un e-mail anodin de Marc mercredi. Elle hésite entre : ne rien dire (« ça passera »), demander un entretien au patron pour se plaindre de Marc, ou « lui dire ses quatre vérités » à la pause.
Votre mission (20 min) :
1️⃣ Ouvrez le 🛠 Décodeur de situations émotionnelles et remplissez-le À LA PLACE de Claire : la situation factuelle, l’émotion dominante (attention — laquelle est-ce vraiment ?), l’intensité, l’autre personne, l’enjeu.
2️⃣ Générez le plan et copiez-le.
3️⃣ Complétez avec 3 réponses que l’outil ne donne pas tout seul : (a) parmi les 3 options envisagées par Claire (se taire / se plaindre au patron / les quatre vérités), laquelle correspond à quel PIÈGE de la capsule 4 ? (b) rédigez le DESC complet de Claire à Marc — les 4 phrases, mot à mot ; (c) que devrait faire le PATRON, lui, avec son propre DESC ?
4️⃣ Comparez avec la correction — après avoir vraiment cherché.
Voir la correction guidée (après avoir fait l’exercice !)
Étape 1 — Le décodage. Émotion dominante : la vexation/blessure — pas la colère. Le test (capsule 2) : ce qui tourne en boucle chez Claire (« il m’a humiliée », « à quoi bon me défoncer ») parle de reconnaissance NIÉE — 20 heures de travail balayées d’une phrase — pas d’une limite de territoire. C’est LE piège du cas : traiter ça en colère mènerait à un rapport de force ; c’est une blessure de reconnaissance, elle se traite autrement. Intensité : haute au moment des faits, moyenne à J+3 (mais la rumination réalimente — signe que rien n’est réglé). Interlocuteur : collègue (pas de lien hiérarchique — la franchise directe est possible). Enjeu : sa crédibilité ET sa motivation (« à quoi bon » = le découragement s’installe par-dessus la vexation, signal à prendre au sérieux).
Étape 2 — Le plan généré. Vérifiez dans votre copie : le besoin décodé (reconnaissance), le piège signalé (encaisser en silence OU contre-attaquer — exactement les options 1 et 3 de Claire), la régulation (séparer FAIT et INTERPRÉTATION : le fait = la phrase de Marc en réunion ; l’interprétation = « il me méprise », « tout le monde pense pareil », « le patron s’en fiche » — trois conclusions non vérifiées), et la trame DESC.
Étape 3a — Les trois options = trois pièges (capsule 4). « Ne rien dire, ça passera » = REFOULER (piège 1 — et ça ne passe pas : la réponse sèche de mercredi montre que ça fuit déjà). « Dire ses quatre vérités à la pause » = DÉVERSER (piège 2 — pendant le pic résiduel, en public : le conflit devient LE sujet de l’atelier, M15). « Se plaindre au patron » : pas un piège en soi, mais une ERREUR DE SÉQUENCE — escalader avant d’avoir parlé à Marc transforme un différend réglable en dossier hiérarchique, et prive Claire de l’occasion de régler elle-même (ce qui, pour sa crédibilité, vaut de l’or). La séquence juste : réguler → parler à Marc en privé (DESC) → n’escalader QUE si ça échoue.
Étape 3b — Le DESC de Claire à Marc (à froid, en privé, cette semaine) :
D : « Lundi en réunion, pendant ma présentation du planning des Vergers, tu as dit devant l’équipe que c’était « du travail de bureau » et que « ceux qui n’ont jamais tiré un câble feraient mieux d’écouter ». » (fait exact, citable — Marc dira « c’est vrai »).
E : « Ça m’a blessée — j’ai repris ce chantier au pied levé et j’y ai mis une vingtaine d’heures pour qu’on tienne le délai. » (vexation nommée SANS accuser ; le fait des 20 h posé sobrement).
S : « Si mon planning te pose un problème technique, j’ai besoin que tu me le dises directement — en réunion ou après, mais à moi, et sur le fond. » (UNE demande, réalisable, qui respecte l’expertise de Marc au lieu de la nier).
C : « Ton expérience terrain plus mon suivi, c’est exactement ce qui fait tenir un chantier comme les Vergers — autant s’en servir dans le même sens. » (bénéfice commun, porte ouverte — pas une capitulation).
Points de forme : à froid (pas avant d’avoir dormi correctement), en privé, debout côte à côte plutôt qu’en face-à-face de bureau si le formel risque de braquer Marc.
Étape 3c — Le patron. Son silence en réunion a laissé passer deux messages toxiques : « ici, on peut humilier publiquement » et « le travail de Claire ne mérite pas d’être défendu ». Son DESC à Marc (en privé, sans savoir si Claire a parlé) : D « lundi, tu as interrompu Claire devant l’équipe en qualifiant son travail de travail de bureau » ; E « je ne peux pas laisser ce ton s’installer en réunion » ; S « les désaccords techniques se disent sur le fond, pas contre les personnes » ; C « c’est ce qui permet à l’atelier ET aux projets de travailler ensemble ». Et un mot à Claire — reconnaissance explicite des 20 heures (capsule 2 : la joie/fierté se célèbre aussi). Leçon de management : un recadrage RATÉ en séance ne se rattrape pas en séance — il se rattrape en privé, dans les 48 h, des deux côtés.
Barème d’auto-évaluation : vexation identifiée (pas colère) avec justification (2 pts) · fait séparé des 3 interprétations (2 pts) · les 3 options mappées aux pièges + l’erreur de séquence (2 pts) · DESC complet, D citable, E en je, UNE demande, C commun (3 pts) · rôle du patron identifié (1 pt). ≥ 7/10 : passez à votre situation réelle. < 7 : relisez capsules 2 et 3, refaites le décodage.
Maintenant, le vrai cas : le vôtre. Une situation qui vous travaille encore — récente ou ancienne ? Passez-la au Décodeur : décodage, piège évité, DESC préparé. Si la conversation mérite d’avoir lieu : programmez-la cette semaine, à froid. C’est l’examen final réel de ce module.
Section 02Votre fiche : le plan d’entraînement IE — 30 jours
Plan d’entraînement IE — 30 jours (5 min/jour)
PLAN IE 30 JOURS — démarré le : ...... Mon pilier faible (diagnostic capsule 1) : ...... SEMAINES 1-2 — NOMMER (pilier 1) □ 3×/jour : mon état en UN mot précis (table capsule 2) □ Le soir : quel a été mon pic du jour ? quel signal du corps ? □ Identifier mes 3 déclencheurs récurrents : ......, ......, ...... SEMAINES 2-3 — RÉGULER (pilier 2) □ À chaque pic réel : la pause 90 s complète (stop, 6 expirations, nommer, choisir) □ Zéro mail/décision/recadrage à chaud — sans exception □ 1 report volontaire réussi (« on en parle demain à 9h ») : fait le ...... SEMAINES 3-4 — LIRE L'AUTRE ET AGIR (piliers 3-4) □ 2 écoutes empathiques complètes (se taire, reformuler fond + émotion, vérifier, « qu'est-ce qui t'aiderait ? ») □ 1 DESC réel préparé avec le Décodeur et TENU : fait le ...... □ 1 reconnaissance explicite donnée (célébrer — capsule 2) : fait le ...... JOUR 30 — MESURE □ Refaire l'auto-diagnostic 12 questions (capsule 1) □ Score avant : .... /24 → après : .... /24 · Pilier faible : progressé ? □ Radar anti-pièges (capsule 4) rempli □ La suite : re-test à 3 mois — et M15 (conflits) ou M12 (management) selon votre terrain ⚙️ L'outil compagnon, à garder en favori : /outils/decodeur-situations-emotionnelles/
✓ Copié !
Section 03Vidéo : la CNV pour transformer les relations au travail (en français)
Pour clore le module : cette vidéo en français montre comment la Communication NonViolente (Marshall Rosenberg) transforme les relations de travail — le cadre dont le DESC est le cousin opérationnel. Regardez-la après votre étude de cas : vous y reconnaîtrez tout ce que vous venez de pratiquer.
Section 04Quiz final — 10 questions (sur l’étude de cas et le module)
1. L’émotion dominante de Claire est la vexation, pas la colère. Qu’est-ce qui le montre ?
2. « Ne rien dire, ça passera » correspond au piège…
3. Pourquoi « se plaindre au patron » d’abord est-il une erreur de SÉQUENCE ?
4. Dans le DESC de Claire, quel est le bon « D » ?
5. Le « S » de Claire (« si mon planning te pose un problème technique, dis-le moi directement, sur le fond ») est bien construit parce que…
6. Le silence du patron en réunion a envoyé quel message ?
7. Pourquoi le DESC de Claire doit-il attendre « d’avoir dormi correctement » ?
8. Le « à quoi bon me défoncer » de Claire signale, en plus de la vexation…
9. Que fait l’outil Décodeur dans votre pratique POST-module ?
10. Vous terminez le module. La première action concrète ?
Le fil complet du module
- C1 : les émotions décident déjà — l’IE pèse ~2× le QI (Goleman), et en PME l’humeur du dirigeant est la météo.
- C2 : 4 piliers qui s’empilent + la table émotions → besoins — nommer apaise déjà (Lieberman).
- C3 : pause 90 s (jamais de réponse pendant le pic), écoute empathique sans éponger, DESC pour tout dire.
- C4 : six pièges (refouler, déverser, jouer, diagnostiquer, s’oublier, manipuler) — et le stress chronique qui aveugle.
- C5 : le cas Morand décodé avec l’outil — puis VOTRE situation, VOTRE DESC, et le plan 30 jours. 🎓 La suite selon votre terrain : M15 (conflits) ou M12 (management).
« Si vous trouvez qu’une formation coûte cher, vous n’imaginez pas le prix de ne pas la faire. »